Je suis cinéaste, écrivain et universitaire, et je suis fascinée depuis toujours par la complexité humaine, la psychologie et les façons merveilleusement étranges dont nous sommes en interaction avec le monde. Je suis titulaire d'un doctorat en psychanalyse et en cinéma, et j'ai travaillé dans diverses universités en Europe, principalement au Royaume-Uni, au cours des douze dernières années. Mon travail m'a menée à travers les continents, de la réalisation de films pour la BBC, Channel 4 et National Geographic à l'écriture sur la psychanalyse, l'éthique et le genre dans le cinéma. Mon documentaire Married to the Eiffel Tower est devenu un film culte, parce qu'il touche à quelque chose que nous ressentons tous, même si nous ne marions pas avec des objets, à savoir le désir d'appartenance, de connexion, et d’amour.
J'ai réalisé de nombreux films qui remettent en question les manières d'être dans le monde. Plus récemment, j'ai beaucoup travaillé au Zimbabwe en explorant l'héritage postcolonial et décolonial hétéronormatives.
J'ai également écrit des livres, dont Psychanalyse et éthique dans le film documentaire et The Nasty Woman and the Neo-Femme Fatale in Contemporary Cinema, qui explorent les thèmes du genre, du pouvoir et de l'éthique. J'ai deux nouveaux livres à paraître cette année : l'un est une publication universitaire dans laquelle je dirige 19 universitaires du monde entier pour une étude sur l'éthique dans le film documentaire. L'autre est un guide personnel de réussite pour les étudiants en recherche internationale. En tant que professeure, je continue à m'engager auprès de cinéastes, d'universitaires et de penseurs émergents, toujours à la recherche de nouvelles façons de raconter des histoires qui interpellent, provoquent et éclairent.
J'ai toujours été attirée par les espaces où l'identité, le désir et la psychologie se croisent de manière inattendue. En faisant des recherches sur les relations atypiques, je suis tombée sur le monde de l'objectophilie, c'est-à-dire les personnes qui nouent des liens affectifs profonds et parfois romantiques avec des objets.
A fur et à mesure que je parlais aux membres de la communauté, je me suis rendu compte que le phénomène était bien plus complexe que tout ce que j’avais imaginé. Ces personnes vivaient l'amour d'une manière qui défie les conventions, et en tant que cinéaste, j'ai voulu l'explorer avec curiosité mais sans porter de jugements. Il est également évident que de nombreuses femmes dans le film - et il est intéressant de noter qu'il s'agit principalement de femmes - ont vécu des expériences traumatisantes dans leur enfance ; il s'agit donc peut-être aussi d’un moyen défense pour elles.
Avec beaucoup de bienveillance et de sensibilité. Nombre d'entre elles avaient été confrontées à la moquerie et à l'incompréhension, il était donc essentiel d'instaurer un climat de confiance. Certaines se sont montrés ouvertes dès le départ, désireuses de partager leurs expériences, tandis que d'autres se sont montrés prudentes, ce qui est compréhensible.
Mon approche était simple : J'ai écouté. J'ai précisé qu'il ne s'agissait pas d'un film pour le spectacle, mais sur leurs expériences telles qu'elles les vivaient. Au fil du temps, elles m'ont fait confiance pour raconter leurs histoires avec honnêteté et respect.
Les plus grands documentaires se situent entre l'engagement et le détachement. Je ne voulais ni sensationnaliser ni aseptiser le sujet. Au contraire, je voulais créer un espace pour que les spectateurs puissent observer, réfléchir et remettre en question leurs propres hypothèses sur l'amour, l'identité et ce que cela signifie d'être humain. J'ai toujours fait preuve du plus grand respect à l'égard des personnes qui exposent leur vie. Et dans ce film, les femmes qui ont raconté leur histoire ont fait preuve d'une grande gratitude : "Vous me donnez enfin une voix", n'ont-elles cessé de dire, et certaines de ces déclarations figurent dans le film.
J'ai laissé les sujets parler d’elles-mêmes tout en inscrivant leurs expériences dans une conversation plus large sur les relations humaines, la psychologie et les normes sociales.
Si je devais épouser un objet, ce serait mon appareil photo et, bien sûr, mon ordinateur. Ce sont mes compagnons, mes outils qui me permettent de raconter des histoires, de témoigner du monde. Un appareil photo - même dans un petit iPhone - voit des choses que d'autres ne voient pas, il capture la vérité et la beauté, et - contrairement à certains partenaires humains - il ne répond jamais.
Cela dit, j'aime mon mari et le contact humain, alors nous devrions partager !
Oui, à la fois sur le plan éthique et sur le plan logistique.
D'un point de vue éthique, je devais veiller à ce que le documentaire ne soit pas voyeuriste. Le sujet étant inhabituel, il aurait été facile d'en faire un spectacle plutôt qu'une exploration sincère. Ma priorité était de gagner la confiance des participantes et de respecter leur point de vue.
D'un point de vue logistique, il n'a pas toujours été facile de filmer. Essayez d'expliquer aux autorités locales pourquoi vous devez filmer quelqu'un dans un moment d'intimité avec un monument célèbre. Disons simplement que nous avons attiré quelques curieux.
Nous avons également filmé dans de nombreux endroits à travers le monde, ce qui a également été un défi, mais aussi, bien sûr, un grand plaisir.
Absolument. Nous sommes conditionnés à croire que l'amour a une certaine apparence romantique, réciproque, d'humain à humain. Mais les émotions humaines sont vastes, et Married to the Eiffel Tower montre que l'affection, la dévotion et le désir ne se limitent pas aux relations traditionnelles.
Je pense que le film invite le public à reconsidérer les limites de l'amour et de l'attachement. Qu'est-ce qui est "normal" ? Et qui le décide ? Il est également intéressant de noter que le tournage a eu lieu il y a quelques années et que le film est toujours considéré comme pertinent et important. Au fil du temps, la force et l'optimisme de ces femmes prennent de l'ampleur.
Ce qui compte, c'est l'intention.
Cherchez-vous vraiment à comprendre ou cherchez-vous à vous amuser aux dépens de quelqu'un d'autre ?
Pour moi, le documentaire est une question de curiosité et non de cruauté. Lorsque l'on aborde un sujet avec ouverture, honnêteté et volonté d'écoute, le travail en est le reflet. Dès que l'on commence à réduire les gens à des caricatures, on tombe dans la moquerie.
C'est une leçon qui s'applique bien au-delà du cinéma - il s'agit de la façon dont nous nous traitons les uns les autres en tant qu'êtres humains. Lorsque j'ai fait mon doctorat, qui est ensuite devenu un livre Psychoanalysis and Ethics in Documentary Film (qui en est aujourd'hui à sa deuxième édition), j'ai examiné les différents aspects et les mécanismes inconscients présents dans le cinéma documentaire et il est vrai qu'il est parfois extrêmement difficile de tenir la ligne. Je m'engage toujours à explorer l'éthique du film documentaire et j'ai une nouvelle collection éditée qui sera bientôt publiée par Edinburgh University Press (The Ethics of Documentary Film).
Je suis immensément fière d'avoir réalisé un film comme Married to the Eiffel Tower, qui touche les gens et qui, d'une certaine manière, fait passer quelque chose d'inhabituel à une expérience humaine ordinaire.
Les femmes continuent de repousser les limites, de défier les attentes et de redéfinir le succès selon leurs propres termes. Nous avons accompli des progrès extraordinaires, mais la lutte est loin d'être terminée.
Les femmes dans mon travail - que ce soit dans Married to the Eiffel Tower, mes recherches ou mes autres films - sont souvent aux prises avec des questions d'identité, de pouvoir et de liberté. Nous vivons encore dans un monde où les choix des femmes sont scrutés, limités ou rejetés. Qu'il s'agisse des personnes que nous aimons, de la manière dont nous exprimons notre désir ou de la façon dont nous menons notre carrière et notre famille, ces espaces sont toujours contestés.
Je tiens à célébrer la bravoure de toutes les femmes, celles qui osent défier les normes, réécrire leur histoire et, dans certains cas, tomber amoureuses d'une manière que le monde ne comprend pas.
Et c'est vraiment ce que mon travail a toujours été : donner la parole à ceux qui vivent en marge de ce que l'on attend d'eux et découvrir et redécouvrir sans cesse ma propre voix et celle de mes étudiants (maintenant dans le cadre de ma nouvelle initiative www.scholarsmentor.com).